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Prince Philip, l’homme qui marchait deux pas derrière la reine Elizabeth

Le Prince Philip est décédé ce vendredi 9 avril 2021 à l’âge de 99 ans. Retour sur la vie d’un prince de Grèce et du Danemark devenu prince du Royaume-Uni.

Prince déchu

Né prince de Grèce et du Danemark sur l’île de Corfou (Grèce), le 10 juin 1921, Philip est le cinquième enfant, mais le seul fils, du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg.

Son père était le fils du roi Georges Ier de Grèce. A sa naissance, c’est son oncle Constantin Ier qui règne sur le pays. Mais la famille n’est que très modérément grecque, elle est en fait issue de la famille royale danoise… Lorsqu’il a 18 mois, un coup d’Etat renverse le roi. Pour fuir le pays, la famille dissimule le bébé dans un carton d’oranges et embarque sur un bateau britannique avec ses quatre sœurs aînées.

Après cet exil, le prince est ballotté de pensionnat en pensionnat dans toute l’Europe, notamment à Saint-Cloud, en France, et en Allemagne. A Paris, la famille s’installe auprès de la princesse Marie Bonaparte, arrière-petite-fille de Lucien Bonaparte, qui a épousé un frère d’André, Georges. C’est là qu’il vivra une enfance sans le sou, avant d’être envoyé dans une école anglaise en 1928.

Amour et sacrifices

C’est son oncle, Lord Mountbatten, un aristocrate, qui le fait entrer dans la marine britannique comme cadet. C’est encore Mountbatten qui le présente à la princesse Elizabeth Alexandra Mary, future reine Elizabeth II, en 1939. Elle n’avait alors que 13 ans et lui 18 ans. Après une carrière navale brillante pendant la Seconde Guerre mondiale, Philip se fiance en juillet 1947 avec l’héritière du trône britannique, malgré les préventions de la famille d’Elizabeth, sceptique sur ce tombeur dont la famille n’est guère fréquentable. Ils se marient le 20 novembre de la même année – les sœurs et leurs maris ne sont pas invités…

Pour ce mariage d’amour, Philip renonce à sa nationalité et à ses anciens titres nobiliaires, prend le nom de Philip Mountbatten et embrasse l’anglicanisme, la religion d’Etat.

23 novembre 1947: photographie officielle de la princesse Elizabeth et de son mari en lune de miel à Broadlands, Romsey, Hampshire. (Photo par Central Press / Getty Images)

Cinq ans après leur mariage, les deux tourtereaux se la coulent douce au Kenya. C’est là qu’ils apprennent le décès du roi Georges VI. Nous sommes en 1952. Dépité par le fait que sa femme devienne reine, ce qui l’obligera désormais à marcher deux pas derrière elle en public, Philip lui lance : « je deviens votre obligé pour la vie». 

Philip a du mal à s’effacer derrière sa femme. Il ne parvient pas toujours à masquer sa frustration lorsque les officiels de Buckingham Palace, qu’il compare à « une bande de chemises amidonnées », gardent hors de portée les documents officiels.

élément central de la démocratisation de la monarchie contre l’establishment “

Cependant, Philip insuffle de la nouveauté à la cour. Il envoie ses enfants à l’école au lieu de les confier à des précepteurs. En 1969, il ouvre la royauté à la télévision, et la laisse filmer sa vie quotidienne dans le reportage « Royal Family », qui remporte un vif succès. C’est également lui qui a contraint la reine, dont la timidité est légendaire, à pratiquer le bain de foule.

Ecologiste convaincu, Philip a dirigé le World Wide Fund, le fonds mondial de préservation de la nature, de 1981 à 1996.

Gaffeur…

« Cet homme charmeur et distingué a été l’élément central de la démocratisation de la monarchie contre l’establishment. Ses origines étrangères expliquent sans doute son ouverture d’esprit. Intelligent, résolu, efficace, il a mis un peu de sel dans la vie de la reine, femme conservatrice et traditionnelle, sans jamais tenter de lui faire de l’ombre », souligne le biographe royal, Robert Lacey.

Mais Philip traîne aussi des casseroles. Réputé pour son mauvais caractère et son machisme, ses détracteurs le dépeignent comme un homme incontrôlable, borné, habitué à n’en faire qu’à sa tête. Père défaillant, multipliant les virées autour du monde avec ses potes, il détone comparé au politiquement correct très millimétré observé par sa femme. «Si vous restez trop longtemps ici, vous allez avoir les yeux bridés», lance-t-il à un étudiant britannique lors d’une visite en Chine en 1986. «Ça ressemble aux dessins de ma fille», analyse-t-il à propos d’une expo de dessins primitifs éthiopiens en 1965. Dans les années 1990-2000, il est devenu une des figures centrales des Guignols de l’info britanniques, qui l’avaient transformé en pilier de bar.

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